Le monde sorcier est en fête, car
Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom a été enfin réduit à néant par nul
autre qu’Harry Potter. A Poudlard, le héros est acclamé par tout le monde.
A des centaines de kilomètres de là, un jeune homme
encapuchonné a demandé un encrier, un morceau de parchemin et une plume dans un
pub.
« Potter,
Si un jour on m’avait dit que je t’écrirais cette lettre,
j’aurais sûrement ricané, j’aurais envoyé balader celui qui aura osé prétendre
ce fait, j’aurais piqué une crise, mais je n’aurais sûrement pas approuvé,
sûrement pas.
Donc voilà, je me trouve dans l’obligeance de t’écrire
aujourd’hui, puisque je sais qu’un jour ou l’autre, ils me trouveront ici, et
n’hésiteront pas à me tuer. Je te dirai simplement ce que j’ai à dire, ni plus
ni moins. Je pense que tu as vite deviné qui je suis. Tu es moins sot que je ne
le pensais –suis-je en train de te complimenter, Potter ? Sûrement pas. Je
ne saurais pas le faire même si ma vie en dépendait. Je te persécute depuis
bien trop longtemps, et les anciennes habitudes sont parfois très difficiles à
oublier-. J’ai toujours sous-estimé ta capacité intellectuelle jusqu’à quelques
jours près. Jusqu’à ce que je sache pour les…horcruxes. Jusqu’à ce que tu
triomphes.
Tu sais que chaque sorcier portant la Marque des Ténèbres
sur son avant-bras est poursuivi. Pas pour les crimes qu’il a faits, mais pour
le simple fait qu’il soit un Mangemort. Le Ministère tient à ce que nous soyons
tous condamnés. Il préfère enfermer des innocents à Azkaban plutôt que
d’entendre raison et d’organiser des procès.
C’est pour cela que depuis la chute du Seigneur des
Ténèbres, je cours toujours. Mes parents n’ont pas voulu me suivre. Père croit
que sa fortune résoudra ses crimes, et Mère n’a aucun problème contre la mort,
elle dit qu’elle préfère quitter ce monde plutôt que de vivre encore plus de
malheurs.
Je sais on ne peut mieux qu’ils réussiront à m’avoir. Je me
contente juste de retarder ce moment jusqu’à ce que tu reçoives ma lettre.
L’important n’est pas ta réaction ou ta réponse. L’important est que tu te
rendes compte de ce que tu as ignoré, de mes sentiments refoulés depuis trop
longtemps. Maintenant, je les laisserai refaire surface, juste pour te raconter
mon histoire. Juste pour que tu saches à quel point les remords d’un homme
peuvent être meurtriers.
J’ai fait tous les mauvais choix possibles. Dumbledore
l’avait remarqué, et essayait de me le faire comprendre, mais en te traitant de
sot, je ne me suis pas rendu compte que c’est moi qui l’était. Ce n’est que
maintenant que je m’en rends compte, maintenant qu’il est trop tard de revenir
sur mes pas.
Je ne dirai pas que tout ce qui m’est arrivé est à cause de
toi, non pas parce que ce n’est pas une réalité, mais seulement parce que tu as
eu beaucoup trop d’ennuis pour le reste de ta vie, et beaucoup trop de regrets,
de remords. Je sais plus que je ne devine tes sentiments, Potter, je sais que
tu te dis que tout ces gens sont morts pour toi, que tout est à cause de toi,
et c’est pourquoi je ne te dirai pas que mon sort est de ta faute pour que tu
ne pleures pas pour moi. Je déteste voir les gens avoir de la peine pour moi.
Notre histoire commence le jour où je t’ai tendu la main,
où j’ai voulu devenir ton ami. Mon père ne cessait de me répéter que je devais
bien choisir mes amis. Il m’a appris la grandeur. Plus jeune, il m’avait
raconté ton histoire. Le célèbre Harry Potter, réduit le Grand Seigneur des
Ténèbres au silence, âgé seulement d’un an. J’étais impressionné, tu incarnais
la grandeur et la célébrité que je voulais avoir, et si je ne pouvais pas être
toi, quel autre choix que de devenir ton meilleur ami ? Quel autre choix
que d’être un frère pour toi, un second toi, ton autre moitié.
Je t’ai tendu la main, plein d’espoir, mais tu as refusé,
tu as préféré ce Weasley à moi. J’étais triste et abattu, mais mon enfance
m’avait appris à ne jamais laisser transparaître des sentiments vulnérables
alors j’ai laissé ressortir mon amertume en forme de dégoût, de haine et de
violence.
Si je t’ai martyrisé aussi mutuellement que physiquement
pendant toutes ces années, c’est seulement par jalousie, non par hargne.
J’ai essayé de formuler la demande qui suivra pour la
rendre moins personnelle, mais tout ce que je trouve à te dire c’est :
Pardonne-moi, Potter. Excuse-moi pour tout ce mal que je t’ai fait.
Si la chute du Lord Noir m’a attiré toutes sortes de
problèmes, elle a enthousiasmé le reste de la planète, alors je suis content
pour vous plus que je n’ai peur pour ma propre vie. Et je te remercie Potter,
car tu es l’auteur de toute cette joie. Estime-toi heureux d’être aimé par tout
le monde, et n’aie pas pitié de moi.
Je n’ai semé sur le chemin de ma courte vie que haine et
désespoir, je ne mérite pas mieux que l’enfer dans lequel je me trouve
maintenant.
En essayant de protéger ma famille et mes amis, je me suis
oublié moi-même et voilà que j’en paie le prix.
J’entends un groupe de pas au fond de la ruelle. Ils
viennent pour moi, j’en suis sûre. Le barman a sûrement reconnu ma tête mise à
prix. Il les a prévenus et ça ne me pose aucun problème. Mon seul souci était
de t’écrire cette lettre, et me voilà parvenu à sa fin. Ils entrent dans le
pub. Je vois le barman leur indiquer ma direction d’un mouvement de menton. Je
les sens s’approcher. C’est la fin.
Adieu, Potter.
Drago Ma- »
Le lendemain matin, Harry Potter est réveillé par un
hibou. Il a reçu un paquet qu’il ouvre précipitamment. Il contient un papier et
une lettre. Harry décide de commencer par le papier.
« Monsieur Potter,
L’un des Mangemorts en fuite, Drago Malefoy, a été
capturé hier aux environs de dix-huit heures du soir. Le criminel en question
avait dans sa main un morceau de parchemin, et ne cessait de crier :
‘Donnez cette lettre à Harry Potter ! Je vous en conjure, c’est mon
dernier souhait ! Donnez-la à Potter !’
Nous avons donc fait passer des tests sur l’objet en
question, et il se trouve qu’il ne contient aucune trace de magie noire, ni de
sorts cachés. C’est pourquoi le dernier
souhait de Monsieur Malefoy a été exécuté, la demande ne présentant aucun
danger pour vous. La lettre est au fond du colis.
Avec tous mes
sentiments distingués,
Kate Wide,
Chef du bureau des
Aurors. »
Harry s’empara aussitôt de la lettre restée au fond du
colis et s’assit sur son lit tout en la lisant.
Il fronçait ses sourcils à mesure qu’il avançait dans
sa lecture, et ses joues rosies par le froid
d'octobre commençaient à perdre leurs couleurs. Il n'aurait jamais cru que
Malefoy réussirait à aussi bien se confier à quelqu'un, et encore moins à lui!
Il n'aurait jamais pensé non plus qu'il lui parlerait comme ça, sans répliques
cinglantes, sans le traiter des plus offensants surnoms qui soient comme
"Le balafré" ou encore "Saint Potter", sans insulter ses
origines ni celles de Ron ou d'Hermione. Et ceci lui allait droit au coeur. Il
finit la lettre avec un pincement au coeur, puis, pris d'une soudaine alerte,
Harry relut le dernier paragraphe, ainsi que la signature. Il comprit tout à
coup. [i]Les aurors ont attrapé Drago Malefoy et il sera condamné à mort au
plus vite.[i] Il descendit aussitôt les étages du square Grimmaud, en direction
de la chambre de ses meilleurs amis, où il trouva une Hermione paisiblement
entourée des bras de Ron. Il eut un pincement au coeur de les voir heureux
ensemble alors que lui ne pouvait pas être avec Ginny. Il réveilla aussitôt
Ron, perdu dans son sommeil malgré les agitations matinales de son meilleur
ami. Ce dernier gémit et se fourra encore plus dans sa couverture en guise de
réponse. Harry dût redoubler d'efforts pour que Ron se réveille enfin,
maudissant son ami: -Qu'est-ce qui te prend, Harry? Il est 2H du mat'!
-Urgence, Ron. Habille-toi, je réveille Hermione. -Pas la peine, Harry.
Répondit Hermione sous la couverture. Ron m'a donné un coup de pied instinctif.
C'est toujours comme ça quand il ne veut pas se réveiller. En d'autres circonstances,
Harry aurait pouffé de rire puis tourné la tête en voyant Ron embrasser
Hermione et lui fournir ses plus plates excuses, mais maintenant, il les
regarda faire, sentant sa rage bouilllner de plus en plus en lui. -J'AI DIT QUE
C'ÉTAIT UNE URGENCE, MERDE! Rugit-il. EPARGNEZ-MOI VOS AMOURETTES ET
HABILLEZ-VOUS! NOUS DEVONS ALLER AU MINISTÈRE! -Au ministère? Demanda Hermione.
Mais pourquoi faire, Harry? -Je vous en parlerai une fois en route. Cria-t-il
en rejoignant sa chambre. Ron et Hermione échangèrent un regard perplexe et
s'executèrent tandis qu'Harry, deux étages plus haut, déjà habillé, avait sa
tête dans la cheminée. -Harry? S'exlama Kingsley Shacklebolt dans son bureau.
Il venait de percevoir le visage de Harry dans la cheminée. -Bonjour Monsieur
le Ministre. Je sais qu'il fait encore nuit, mais le besoin presse. -Ce n'est
pas grave. J'avais prévu de régler des dossiers supplèmentaires cette nuit. Et
que me vaut cette visite? -Simple curiosité: vous savez qu'ils ont attrapé
Malefoy? Les Aurors. -Mais par Merlin Harry, je suis Ministre, bien sûr que je
le sais. -Et quelle sentence a-t-il reçu? -Monsieur Malefoy a été condamné à
mort par le baiser du Détraqueur, comme tous les autres Mangemorts. Il sera
executé aujourd'hui, à l'aube. Je ne veux pas de détraqueurs dans le Ministère,
mais Miss. Wide tient absolument à le voir mourir dans son bureau. -Vous êtes
sérieux?! Mais Malefoy n'a commis aucun crime ni délit pendant sa vie entière!
Il m'a même aidé quand nous avons été capturés par les Rafleurs. Et il va être
condamné à l'aube, mais c'est à une demi-heure près! -Je ne suis pas sadique,
Harry. Je n'ai jamais voulu voir quelqu'un souffrir, mais je me dois d'assurer
mon rôle de Ministre de la Magie. Un Mangemort reste un Mangemort. Harry lui lança
l'un de ses regards les plus noirs, puis disparut dans les cendres. Une
demi-heure après, Harry Potter fait irruption au Ministère de la Magie, sèmant
la zizanie parmi les employés et les visiteurs, courant dans les dédales du
vaste endroit à en perdre haleine. Quelques secondes après, il ouvre la porte
du bureau de la chef des Aurors et assiste au plus horrible spectacle de toute
son existence. Hermione pousse un cri horrifié et la mâchoire de Ron semble
s'être décrochée sous le choc. Devant le trio se trouve Drago Malefoy, ligoté,
tapi sur le dos, par terre, les yeux fermés, un sourire paisible sur son
visage, au dessus de lui, un Détraqueur sans cagoule qui s'approche
dangeureusement du visage du jeune homme. Harry court jusqu'à la créature
immonde, brandissant sa baguette d'où jaillit un magnifique cerf. Le temps
semble se ralentir pour Harry. Le cerf donne un coup de bois au Détraqueur, qui
s'envole par la fenêtre. Trop tard. Tout s'effondre autour d'eux. Tout le monde
a vu l'âme du garçon blond le quitter avant que le patronus ne parvienne à
éloigner la créature ténèbreuse de lui. Hermione pousse une lamentation
déchirante. Ron ferme les yeux et secoue la tête de droite à gauche comme sa
dénégation pouvait changer la réalité. Harry se précipite sur le corps sans vie
de Drago, le défait de ses liens et le prend dans ses bras, ignorant les
regards effarés de ses amis. Une larme coule douvement sur sa joue, puis
d'autres en suivent. Drago pouvait être son ennemi autant qu'il le pouvait,
Harry n'oubliait pas qu'il était humain comme eux, et qu'il avait mérité la vie
qu'on lui a trop vite prise. Des heures passèrent ainsi, qui semblèrent à Harry
être des jours, Drago toujours serré contre lui, le fantôme de son dernier
sourire toujours gravé sur son visage. A chaque fois, Hermione et Ron
s'effaçaient pour laisser entrer des employés du Ministère, pour emmener le
corps sans vie. A chaque fois, Harry les envoyait paître. -VOUS AVEZ TUÉ UN
INNOCENT, ET VOUS OSEZ VOUS PRÉSENTER DEVANT MOI?!?! IL RESTE MALFOY MAIS IL
EST UN HOMME. VOUS ÊTES DES HOMMES COMME LUI ALORS VOUS N'AVIEZ PAS LE DROIT DE
METTRE FIN À SES JOURS PAR SIMPLE DÉCISION? BÂTARDS! Hurlait-il. À chaque fois,
ils rentraient bredouille.
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